Après le scandale planétaire, Harvey Weinstein face à la justice

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Après le scandale planétaire, Harvey Weinstein face à la justice

Le producteur hollywoodien, dont la chute a déclenché le mouvement #metoo, s’est livré vendredi à la police de New York.

Mal rasé, le teint blafard, Harvey Weinstein émerge d’un 4 × 4 aux vitres fumées, ignorant les questions des journalistes venus constater sa disgrâce. Le producteur hollywoodien s’avance vers l’entrée du Precinct 1 (commissariat) de TriBeCa, dans le sud de Manhattan, le pas mal assuré, plusieurs livres sous le bras, dont une biographie d’Elia Kazan, escorté de deux officiers de police du NYPD. Encore libre, mais plus pour longtemps, il est venu se livrer spontanément aux autorités. Après un relevé d’empreintes digitales et la confiscation de son passeport pour éviter toute fuite à l’étranger, il est ressorti menotté dans le dos pour comparaître devant un juge new-yorkais et inculpé de deux chefs d’accusation: «acte sexuel à caractère criminel» correspondant à une fellation imposée à une actrice en devenir, Lucia Evans, en 2004, et double viol contre la comédienne Paz de la Huerta, en 2010.

Les Américains appellent cela le perp walk*, cette procédure volontairement dégradante vécue par un autre célèbre détenu new-yorkais, Dominique Strauss-Kahn en 2011 qui était représenté par le même avocat, Benjamin Brafman. Devant le commissariat, comme dans le tribunal, une foule de journalistes du monde entier se presse, mais les badauds restent rares. À l’orée du grand Memorial Day Weekend, lançant la saison estivale, les New-Yorkais expédient leur vendredi pour s’échapper aussi rapidement que possible vers leur lieu de villégiature.

Le début d’un cauchemar judiciaire

L’ironie est cruelle pour Harvey Weinstein, 66 ans: sans ces caméras, le fondateur de la firme Miramax, accusé de violences sexuelles par près de quatre-vingts jeunes femmes dont des stars telles que Gwyneth Paltrow et Angelina Jolie, aurait pu rester dans un confortable anonymat, déjà oublié ou presque de ses compatriotes, malgré la vigueur du mouvement «Me Too» ces sept derniers mois, comme un torrent sans fin. Coup sur coup, en octobre 2017, l’hebdomadaire New Yorkeret le quotidien New York Timesavaient jeté deux pavés dans la mare, ciblant l’omnipotent Weinstein et le règne de terreur imposé à toutes les comédiennes attirées entre ses griffes. L’une repousserait-elle ses avances? Sa carrière s’en ressentirait, comme l’ont relaté Ashley Judd et Mira Sorvino, toutes deux évincées en 2001 d’un rôle convoité dans la trilogie du Seigneur des anneaux, de Peter Jackson. Après Weinstein, les têtes continuent de rouler dans l’industrie du septième art (Kevin Spacey, James Franco). Depuis jeudi, une autre star, Morgan Freeman, se trouve dans le collimateur des juges (voir ci-dessous).

Muet, le producteur déchu est remonté dans son véhicule, muni d’un bracelet électronique à la cheville. Surprise: il est libre à nouveau, après avoir payé une généreuse caution dont la somme demeure confidentielle, que les médias évaluent à un ou deux millions de dollars. Lancée depuis des mois, l’enquête criminelle commence seulement: un porte-parole du tribunal de Manhattan confirme que la justice analyse plusieurs autres plaintes déposées à New York, après avoir déjà entendu des dizaines de victimes potentielles. L’inculpation incombe au bureau du procureur Cyrus Vance, lui aussi concerné par l’affaire DSK, mais rattrapé par une controverse: en 2015, il avait refusé de poursuivre le même Weinstein après une plainte pour attouchements sexuels déposée par un mannequin italien, Ambra Battilana, contre ce dernier.

Ce n’est que le début du cauchemar judiciaire pour le producteur déchu: une enquête fédérale est également ouverte contre lui, tandis que des procédures pénales similaires ont été engagées à Londres et à Los Angeles, autres hauts lieux de ses prédations sexuelles. À New York, il risque de cinq à vingt-cinq années de réclusion.

Weinstein, qui clame son innocence et se dit prêt à apporter la preuve qu’il s’est toujours agi de relations consenties, n’est pas le seul chez Miramax, aujourd’hui en faillite, à redouter le glaive de la justice américaine. Divers employés auraient assisté leur «boss» en orientant les victimes vers sa chambre d’hôtel, puis en les incitant à se taire, pour éviter toutes représailles. Un système terrifiant et parfaitement huilé, que le procès de Weinstein devrait mettre en évidence.

*Abréviation de perpetrator walk, littéralement, «marche de celui qui a perpétré [le crime]»



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