«J’aime faire les choses en grand»

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«J’aime faire les choses en grand»

INTERVIEW – Il y a presque vingt ans, en 1999, Johnny Hallyday offrait une magnifique interview à Bertrand Dicale. À l’époque, il préparait la sortie de Sang pour sang, son 42e album studio, et s’apprêtait à jouer le rôle d’un chanteur déchu dans Only You, de Laetitia Masson, un film qui s’appellera finalement Love Me.

En septembre 1999, Johnny Hallyday acceptait de répondre aux questions de Bertrand Dicale, chef de service au Figaro. Le prétexte? La parution de son album Sang pour sang sort lundi (chez Universal): musique et coréalisation de son fils David Hallyday, textes, entre autres, de Françoise Sagan, Miossec, Vincent Ravalec, Zazie, Philippe Labro.

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Mince, buriné, l’œil bleu à la fois dolent et acéré, Johnny Hallyday reçoit dans un salon de grand hôtel parisien. Après le Stade de France, avant la folie des Champs-Élysées et l’intimité retrouvée de l’Olympia en juin 2000, le chanteur s’est trouvé une placidité victorieuse, à l’image de son nouveau disque, puissant et serein Son métier, sa vie privée, ses futurs projets, le rocker en parlait alors avec une certaine maturité. «C’est qui me fait peur, c’est qu’il me reste moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu», pensait-il déjà à l’époque. Avec l’œil du présent, il est admirable de voir à quel point il a su tenir une ligne directrice qui ne lui a jamais fait défaut: l’immense amour qu’il partageait avec son public.

LE FIGARO. – Vous vouliez que ce disque soit très différent du précédent?

Johnny HALLYDAY. – Je le voulais plus Johnny Hallyday.

Vous trouvez qu’Obispo ne vous avait pas fait un disque assez Johnny?

Je ne crois pas. Dans cette collaboration avec mon fils, nous voulions faire quelque chose de plus proche des seventies que d’aujourd’hui, des chansons qui soient dans l’esprit de Que je t’aime ou Ma gueule. On n’allait pas refaire le son des seventies, je ne parle que de l’influence. Le texte de Sagan, par exemple, se rapproche plus de Ma gueule que des chansons que j’ai pu faire avec Berger ou Goldman.

Il y a sur votre disque une chanson de Sagan, une autre de Zazie. Les femmes écrivent-elles des chansons différentes de celles des hommes?

Une femme, c’est moins macho qu’un homme dans l’écriture, plus sensible. Une femme ne fonctionne pas comme un homme, c’est pour ça qu’on les aime et que c’est intéressant de travailler avec elles. Je viens d’ailleurs de terminer Only You, mon premier film dirigé par une femme, Laetitia Masson, j’ai adoré.

Vous êtes le héros d’Only You ?

L’antihéros, plutôt. Je suis un chanteur déchu, complètement schizophrène, suivi par une fille complètement paumée Sandrine Kiberlain. Dans le film, je ne chante qu’une bribe de chanson quand elle vient me voir dans une boîte de nuit. On a tourné ça à Étretat, mais ça se passe à Nashville. On voit juste la fin de la chanson et l’histoire commence. Ce n’est pas un film heureux, mais un film très pervers.

Vous n’avez pas ce fantasme de vous voir en chanteur déchu, qui continue à chanter dans les petits cabarets après avoir connu les sommets?

Je n’y ai jamais pensé. Ça pourrait arriver, mais, non, je n’y ai jamais pensé.

Vous avez confiance dans votre succès?

Ce n’est pas une question de confiance. Pour dire la vérité, je n’en sais rien. Je ne sais pas si c’est seulement le fait de chanter, mais en tout cas j’adore ce métier. Pas pour être connu, ce qui est une fausse raison. Je ne conçois ce métier qu’en le faisant comme j’ai envie de le faire. Et, pour ça, il vaut mieux être connu. Je peux faire une boîte de nuit ou un petit club, par plaisir, mais pas parce que je ne pourrais faire autrement.

Ce serait trop petit?

J’aime faire les choses en grand, et pas au rabais. Quand j’ai fait le spectacle à La Cigale, c’est parce que j’avais envie de le faire là, pour mon plaisir et celui des fans. Mais j’avais la possibilité de faire Bercy si j’en avais envie. C’est alors seulement que des petits endroits sont formidables. Cela dit, je ne sais pas comment je prendrais une telle situation.

Vous avez plus de quarante ans de carrière derrière vous. Ça vous a semblé long?

Non. C’est ce qui me fait peur, parce qu’il me reste moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu et, putain! C’est passé tellement vite! Qu’est-ce qu’il va me rester?

Avez-vous parfois eu peur que ça s’arrête?

Ça a failli m’arriver deux ou trois fois, mais la vraie vérité, c’est que j’ai toujours essayé d’éviter de penser au problème. Quand on n’a pas la possibilité de faire les choses comme on a envie de les faire, on est tellement restreint… Je pense à quelques chanteurs qui étaient extrêmement connus: les voir comme ils sont aujourd’hui, ça fait mal au cœur. (Un temps.) Pas de noms.

«Je ne conçois ce métierqu’en le faisant comme j’ai envie de le faire»

Johnny Hallyday

Après le Stade de France, vous ferez l’Olympia et un concert sur les Champs-Élysées. D’où est venue cette dernière idée?

D’une conversation complètement idiote avec Labro qui m’a dit: «Après le Stade de France, il ne te reste plus qu’à faire les Champs-Élysées». Je lui ai répondu: «C’est pas con». J’y ai réfléchi, j’en ai discuté avec Tiberi et, pour l’an 2000, cette idée d’un concert gratuit sur les Champs-Élysées a été acceptée. Cette histoire folle me plaît d’autant plus que, quatre jours après, je serai à l’Olympia, ce qui n’a rien à voir.

Comment se déroulera le concert?

Nous serons sur une énorme nacelle futuriste très an 2000, sur roues, qui descendra lentement de l’Étoile à la Concorde. Il faut tout minuter parce que j’aurai mon orchestre avec moi sur la nacelle mais, aussi, sur des scènes fixes, d’autres orchestres de loin en loin. Au Rond-Point, par exemple, il y aura un orchestre symphonique, et il faudra arriver exactement quand il commencera à jouer.

Sur Sang pour sang, on a l’impression que vous chantez de manière plus retenue.

C’est volontaire. Je n’ai pas voulu faire cet album en disant «Vous allez voir ce que vous allez voir». J’ai voulu revenir à mon fond de voix des seventies, une voix moins forcée, plus pure, moins éraillée.

Il vous est arrivé de chanter trop gros?

À certaines périodes, c’est certain. On veut toujours montrer qu’on peut chanter plus fort, ce qui est une erreur. Passer un minimum de temps en studio, ça m’a aidé à chanter naturellement. Au bout d’un certain temps d’enregistrement, c’est une facilité de chanter fort. C’est plus difficile de chanter soft.

Parce que c’est plus difficile d’être sincère?

Non, c’est plus difficile d’être juste. Quand j’écoute certains de mes anciens disques, je me demande parfois comment j’ai pu chanter aussi faux certaines notes. Je suis devenu un peu paranoïaque de justesse.

Pourquoi avez-vous autant forcé, jadis?

J’étais un grand fan de Joe Cocker et je faisais tout ce qu’il fallait pour pousser la voix comme lui. Mais je n’y arrivais pas, évidemment: c’est sa voix naturelle. Moi, je forçais.

Cette pondération nouvelle dans la musique vient-elle d’une plus grande mesure dans la conduite de votre vie?

Qu’est-ce que ma vie a à voir avec la musique? Ma vie, c’est ma vie.

Les deux sont très éloignés l’un de l’autre?

Mon métier s’arrête quand j’ai fini de chanter, et alors ma vie d’homme commence. Le train-train de tous les jours et de tout le monde: on se réveille avec un mal de dents, on ne supporte pas en se regardant dans la glace ou alors on est en pleine forme. Ça, c’est pour nous tous. Le métier, c’est ce qu’on représente pour les gens. Dans le métier, tout va bien, je n’ai jamais mal à la tête. Ma vie, c’est mon problème.

Pourtant, votre vie privée est très publique.

C’est la vie privée publique qu’on laisse passer. Quand on sort dans la rue, on ne sort pas destroy, on essaie de se présenter le mieux possible. Je représente quelque chose pour un certain public, pour des mômes, et j’essaie de leur donner la meilleure image. C’est une responsabilité peut-être restreinte, auprès d’un petit public, mais c’est une responsabilité quand même.

Cet été, il y avait une quinzaine de mômes de quinze ou dix-huit ans qui étaient au premier rang tous les soirs du début à la fin de la tournée. Ce sont leurs vacances, ils économisent toute l’année pour suivre toute la tournée. Pour ces gens-là, je dois représenter quelque chose, non? Alors je me sens obligé de leur donner du rêve, des idées positives. Je ne veux pas me prendre pour plus que je ne suis pas, mais je me sens obligé de bien me tenir devant ces gens-là.

Vous pensez arriver à toujours avoir l’air de quelqu’un qui se tient bien?

Je suis parfois piégé, c’est de bonne guerre. Je ne suis qu’un être humain et, quand on est à Saint-Tropez et qu’on sort d’une boîte à quatre heures du matin, c’est vrai qu’on n’est pas aussi frais qu’au réveil. On est bien rougeâtre et c’est là qu’ils vous surprennent. Que voulez-vous que j’y fasse…



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